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Au nom des Peuples Autochtones
d'Amérique du Nord

 

Discours d'ouverture prononcé à l’O.N.U. par le Chef Oren Lyons de la Nation Onondaga Haudenosaunee (Confédération Iroquoïenne des Cinq Nations),
au nom des Peuples Autochtones d'Amérique du Nord.

 

Je ne vois pas de délégation pour les quadrupèdes. Je ne vois pas de siège pour l'aigle.
Nous oublions et nous considérons comme des êtres supérieurs,
mais après tout nous ne sommes qu'une infime partie de la création.
Nous devons continuer à comprendre où nous sommes.
Nous nous trouvons quelque part, et seulement là, entre la montagne et la fourmi,
comme partie et petit morceau de la création.

En ce jour, je suis chargé de parler au nom des Peuples Autochtones de l'hémisphère occidental,
plus spécifiquement de l'Amérique du Nord, appelée Ile de la Tortue.

En 1977, j'ai assumé une fonction similaire en tant qu'un des premiers délégués à cet événement maintenant historique, l'Invitation des organisations non gouvernementales pour parler de la prévention de la discrimination et de la protection des minorités à l'instance de la Commission des droits de l'homme, ici dans cette même salle.

A l'époque, de gros efforts ont été fournis pour permettre la venue de délégués autochtones à Genève, afin qu'ils témoignent de la situation de nos peuples. Cela s'est réalisé et 160 délégués ont ainsi participé à cet événement. Nous sommes venus pour chercher la justice sur nos terres. Nous sommes venus pour lancer un appel au monde entier, afin qu'il soutienne nos efforts tendant à chercher des solutions équitables à la discrimination, à l'exploitation, au racisme, à l'ethnocide et au génocide des Nations et des Peuples Autochtones.

Nous sommes venus parler au nom du monde de la nature actuellement pillé par les gouvernements et les entreprises. Nous avons parlé au nom des arbres enracinés qui n'ont pu fuir la tronçonneuse. Nous avons parlé au nom du saumon, du hareng, du thon et de la morue tués dans leurs lits de frai. Nous avons reçu des nouvelles alarmantes des Quatre Directions à propos des poissons, des animaux sauvages et des oiseaux contaminés, malades et en voie de disparition. Aujourd'hui encore, nous continuons à parler en leur nom. Aujourd'hui, ils sont plus menacés que jamais et vivent dans de pires conditions.

De quoi pouvons-nous vous informer au sujet des Peuples Autochtones aujourd'hui? La bonne nouvelle est que nous sommes toujours là et que nous avons l'intention d'y être encore dans 20 ans. Nous formulons l'espoir que le rapport de notre prochaine génération sera meilleur que le nôtre pour tous les intéressés.

Le Groupe de travail sur les populations autochtones a été créé en 1982. Nous avons contesté le terme "populations" et avons insisté sur le fait que "peuples" était le terme correct, pour la simple raison qu'il permet la reconnaissance de nos Nations en tant qu'êtres humains ayant droit au droits de l'homme. Aujourd'hui, nous faisons état de progrès limités. Nous constatons qu'une grande partie de la communauté internationale continue de désigner les Peuples et les populations autochtones comme des minorités, empêchant ainsi nos peuples de jouir des droits de l'homme. Cela n'exclut pas le fait que nous sommes des êtres humains et qu'il s'agit d'une question morale qui met à l'épreuve l'intégrité des états nations.

La modification du principe entraîne la désintégration du gouvernement. En ce moment, les dirigeants du monde doivent faire face à la montée du capitalisme déréglé. Nous devons nous rappeler que le capitalisme n'est pas la démocratie. Les gouvernements ont besoin des gens; les entreprises ont besoin de ressources humaines. Une étude récemment publiée par World Watch Institute au niveau international souligne que, et je cite, "sur les 100 unités économiques les plus riches au monde actuellement, 49 sont des pays et 51 sont des entreprises."

L'équilibre du pouvoir économique a changé en faveur des entreprises, dont les décisions sont fondées sur les bénéfices économiques à court terme. Il n'y a pratiquement pas de vue à long terme. Laissons ceci aux gouvernements. Nous constatons cependant que les dirigeants du monde voient peu à long terme et affirmons que les bénéfices se font aux dépens de nos petits-enfants et du monde de la nature.

La naissance des Haudenosaunee (les Six Nations, la Confédération Iroquois, environ 1000 avant J. C.) est fondée sur les principes de la paix, de l'égalité et de la justice; le pouvoir et la santé des "Bons Esprits". L'Autorité fondatrice est connue sous le nom du Grand Faiseur de Paix. Parmi les nombreuses instructions qu'il a données, l'une d'entre elles est particulièrement pertinente à la situation actuelle du monde.

Il a dit: "Lorsque vous siégez et débattez du bien-être des gens, ne pensez pas à vous-mêmes, à votre famille, ni même à votre génération. Pensez à la génération future, afin qu'elle puisse jouir de ce dont vous jouissez aujourd'hui. Cela assurera la paix et la santé à votre génération." (Guyanashanagonah, La grande loi de la paix, environ 1000 avant J. C.).

Les dirigeants actuels doivent avoir le courage et la conviction de faire ce qui est bénéfique à tous les peuples et travailler pour le bien commun. Si la démocratie doit prévaloir, alors vous, en tant que dirigeants du monde, devez remettre en question la concentration des richesses (et le pouvoir qu'elles donnent) dans un nombre de mains de plus en plus restreint. Veillez à ce que les "états" corporatifs n'engloutissent pas les Nations.

Les Peuples Autochtones commencent tout juste à être reconnus en tant que peuples avec des connaissances fondamentales importantes du monde dans lequel nous vivons. Grâce à ces connaissances, nos dirigeants ont acquis une vision et des perspectives à long terme qui correspondent aux rythmes naturels de la Terre. Cette compréhension des lois naturelles régit les activités de nos peuples. Le respect est une loi parmi nos Nations et nos peuples et cette loi est une garantie pour la communauté et la paix. A notre époque, l'humanité doit oeuvrer conjointement, non seulement pour la survie, mais également pour une qualité de vie fondée sur la valeur universelle qui protège la délicate toile de vie dont les fils sont intimement liés et qui nous fait tous vivre.

La loi naturelle ne tient pas compte des couleurs et est extrêmement démocratique en matière de rétributions. La biodiversité est un terme trop clinique et technique pour ce tissage complexe qu'est la vie et qui nous soutient. En tant que Peuples Autochtones, nous affirmons être liés à cette vie; ainsi, vos "ressources" sont nos relations. Tout dépend du point de vue. Les énormes efforts fournis lors du Sommet de la terre de Rio en 1992 en vue de l'obtention d'un consensus et d'un soutien mutuel pour la protection de l'environnement viennent d'être évalués au Sommet de la terre +5 en juin 1997. Les résultats sont décourageants. Cependant, nous ne pouvons abandonner nos responsabilités pour nos générations futures.

Nous avons affirmé tout cela en 1977 et le réaffirmons en 1997. Les Peuples Autochtones ont quelque chose à offrir à cette équation pour la survie. Nous avons la perspective du temps. Vivre au même endroit pendant des millénaires nous a donné une compréhension de la complexité des forces de la vie. Nos langues sont des bibliothèques de connaissances qui peuvent contenir la clé de la survie et j'utilise ce terme avec sagesse. Il y a longtemps, un de nos Ancêtres a affirmé que "le temps où nous cesserons de vivre et commencerons à exister viendra."

Pour le bien de nos petits-enfants et de la vie, nous ne pouvons permettre que cela arrive à notre génération. Nous avons des responsabilités et des buts communs, et j'affirme que vous, les dirigeants de ce grand espoir des peuples du monde que sont les Nations Unies, devriez oeuvrer avec nous, et non pas contre nous, pour la paix. Nous vous affirmons que tant que vous ferez la guerre à Etenoha (la Terre Mère), il ne pourra jamais y avoir la paix.

 

Source: Nations Unies, Genève, Suisse, Septembre 1977, Oren Lyons...www.lespasseurs.com



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