PSYCHOLOGIE - Une nouvelle thérapie particulièrement efficace contre le suicide

Dans l'univers bouillonnant des psychothérapies est apparue récemment, du côté de Seattle, la thérapie dialectique-comportementale, sous l'impulsion du Dr Marsha Linehan, clinicienne et chercheuse à l'université de Washington. Depuis des années, les psychothérapeutes ont certes à leur disposition un éventail de techniques pour aider leurs patients, rappelle l'International Herald Tribune, qui souligne toutefois que “même les meilleures thérapies se révèlent peu efficaces si les patients se montrent trop rebelles, trop désespérés ou trop bouleversés pour accepter d'être aidés”.

Ces techniques, déclare le Dr Linehan, “impliquent que le patient est le problème et qu'il peut changer s'il le veut. Mais on leur a tenu ce discours toute leur vie ; il fallait donc trouver une nouvelle approche.” Ainsi, à l'heure actuelle, aux Etats-Unis, la thérapie dialectique-comportementale possède le plus de preuves d'efficacité, surtout pour la réduction des états suicidaires et les comportements d'automutilation chez les personnalités borderline dont elle réduit l'impulsivité.

La thérapie commence avec l'énonciation d'une idée appelée acceptation radicale, explique l'Herald Tribune, signifiant que la personne en thérapie “accepte qui elle est et accepte aussi qu'elle n'est pas ce qu'elle voudrait être”. De son côté, le thérapeute “reconnaît que les comportements autodestructeurs et les tentatives de suicide répondent à une logique”. La technique du Dr Linehan part du postulat que le suicidaire est traversé par des pensées contradictoires – par exemple “je veux vivre” et “je veux mourir”. A ces pensées contradictoires, Martha Linehan répond, elle, par une interrogation : “Hé bien, pourquoi ne pas mourir ?” La possibilité que le patient se tue étant reconnue, la thérapie va consister à mettre en place une méthode de résolution de problèmes destinée à aborder toutes les autres solutions qui existent pour faire face aux difficultés actuelles. “Alors, le patient commence à comprendre qu'il a le choix : changer ou rester dans un état de souffrance”, commente l'Herald Tribune.

Au cours de cette thérapie, l'une des choses que les patients apprennent rapidement est repérer le moment où leurs émotions deviennent trop fortes, poursuit le journal, “ce qui leur permet de sentir venir l'orage, puis de le laisser passer. Cette auto-observation inspirée de techniques utilisées notamment dans le bouddhisme zen permet, au lieu de l'éviter, de ressentir puis de supporter le trouble émotionnel.” L'un des principes de la thérapie est ainsi mis en place : “Ce que le patient fait peut être indépendant de ce qu'il ressent. Les émotions ne doivent pas commander notre comportement.” A l'adresse du patient, Martha Linehan ajoute : “Vous pouvez vous sentir comme un malade qui suit une thérapie, mais cela ne signifie pas que vous devez agir comme tel.”

Pour que la thérapie dialectique-comportementale aboutisse à un mieux-être, il est nécessaire qu'un contrat soit conclu entre le patient et le soignant. Ainsi dans le cas d'un suicidaire, il s'agira d'obtenir “qu'il garantisse de travailler à sa sauvegarde et de ne pas attenter à sa vie quel que soit son état d'esprit”. Par la suite, le thérapeute rappelle cet engagement aussi souvent qu'il est nécessaire, à l'aide d'un accompagnement consistant à expliquer pour quelles raisons le patient doit changer son comportement.

“C'est après avoir pris l'engagement de changer et de démontrer leur capacité à résister à des bourrasques émotionnelles que les individus commencent le mieux à apprendre les techniques de comportement et à trouver des repères sociaux”, conclut l'Herald Tribune. Ces nouvelles acquisitions attestent le fait qu'ils peuvent réussir à vaincre la dépression, l'angoisse ou d'autres désordres psychiques. Au-delà, la thérapie dialectique induit même que les patients peuvent “apprendre à avoir une vie très agréable plutôt que simplement acceptable”.

Elisabeth Berthou