La mémoire du sevrage pourrait entraïner la rechute du toxicomane
vendredi 18 février 2005 : Santé : #293
On sait que la seule vue d'une seringue peut précipiter un toxicomane sevré dans la consommation de sa drogue favorite. Chez le rat morphinomane, un simple retour dans la pièce où il a été sevré peut induire chez lui un intense désir de drogue, selon une nouvelle étude.
Des chercheurs du laboratoire Interactions neuronales et comportements (CNRS - Université Bordeaux 2) ont étudié, chez le rat morphino-dépendant, les régions du cerveau qui sont impliquées dans la mémoire du sevrage.
Dans un article publié dans le dernier numéro du Journal of Neuroscience, ils soulignent que la réexposition à un environnement préalablement associé au sevrage des opiacés, réactive une partie des circuits neuronaux recrutés par le sevrage lui-même.
Des résultats qui, selon les chercheurs, permettent d'envisager le développement de nouveaux traitements du sevrage chez l'homme.
Dans un communiqué diffusé mercredi, ils rappellent que «l'addiction est un état psychopathologique caractérisé par une tendance chronique à la rechute». Cet état implique des processus en rapport avec la motivation et l'émotion qui mettent en jeu l'apprentissage et la mémoire.
Les études cliniques menées chez l'homme ont suggéré que cet état de motivation pouvait être induit notamment par la présentation de stimuli environnementaux présents lors de la consommation de drogue (psychostimulants, opiacés, etc ... ) et/ou de son sevrage (en particulier pour les opiacés).
Dans l'expérience menée par les chercheurs de Bordeaux, le rat a été placé dans une pièce particulière. Le seul fait de le replacer dans cette pièce pourrait déclencher le désir d'expérimenter à nouveau la drogue.
Les chercheurs du laboratoire «Interactions neuronales et comportements» ont étudié, chez le rat, les régions du cerveau impliquées dans cette mémoire. Ils ont analysé les circuits neuronaux de rats rendus morphino-dépendants, sevrés, puis réexposés à l'environnement dans lequel ils ont été sevrés. Leurs résultats montrent que quand on place un rat dans un environnement préalablement associé au sevrage, on active chez lui la partie du cerveau (les neurones) utilisée lors du sevrage.
De plus, la dopamine, un neurotransmetteur impliqué dans les phénomènes de dépendance, participe également à la formation de ce souvenir du sevrage.
Associated Press (AP)

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