Leur étude, parue dans le dernier numéro de la revue «Geology», montre que les plateformes glacières du continent Antarctique (pôle Sud), qui résultent de l'écoulement des glaciers dans la mer, ont déjà régressé il y a des milliers d'années sous l'effet de l'élévation des températures de l'air et des océans, c'est-à-dire de précédents réchauffements climatiques. Ces plateformes de glace flottantes restent normalement attachées au continent. Lorsqu'elles se brisent, ce qui est devenu fréquent ces dernières années, elles donnent naissance à des icebergs gigantesques.

«Ce que cela nous dit, c'est que les plateformes glacières ne se brisent pas comme ça, juste parce qu'elles deviendraient trop grosses, comme l'affirment ceux qui doutent de la réalité du réchauffement climatique», a souligné l'un des auteurs de l'étude, Dominic Hodgson, chercheur au British Antarctic Survey (BAS).

La différence avec aujourd'hui, c'est que les précédentes phases de réchauffement climatique -il y a 9 500 ans et il y a de 2 000 à 4 000 ans- avaient des causes naturelles, comme par exemple la fin de l'ère glaciaire. Par la suite les plateformes glacières ont pu se reformer.

«Cette fois, le problème est d'origine humaine et, si nous ne prenons pas de mesures, les dégâts seront pires», ajoute Dominic Hodgson. «Il n'y a pas de place pour la complaisance.»

Ainsi, la présence de la plateforme glacière baptisée George VI, sur la péninsule Antarctique, montre qu'un recul majeur des glaces s'est produit il y a quelque 9 500 ans, un phénomène bien plus important que tout ce qui a été observé ces dernières années, selon les chercheurs des universités de Durham, dans le nord-est de l'Angleterre, d'Edimbourg (Ecosse) et les scientifiques du BAS.

Quant à la plateforme Prince Gustav, qui s'est brisée en 1995, elle s'était déjà effondrée il y a plusieurs milliers d'années, selon Carol Pudsey et Jeff Evans, chercheurs au BAS.

Le détachement de Prince Gustav il y a 10 ans, qui avait notamment donné naissance à un iceberg de la taille du Luxembourg, ainsi que l'effondrement récent d'autres plateformes comme Larsen-B, ont été attribués à la hausse des températures, elle-même attribuée aux dommages à la couche d'ozone protégeant la Terre des rayonnements solaires.

Selon le BAS, au cours des 900 000 dernières années, il y avait en moyenne 280 parties par million (ppm) de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère mais, depuis la Révolution industrielle, ce taux est passé à 350 ppm. La concentration accrue de CO2 serait l'une des principales causes du réchauffement climatique.

Associated Press (AP)