Syngenta aurait distribué illégalement pendant 4 ans un maïs génétiquement modifié
dimanche 27 mars 2005 : Santé : #349
C'est presque rien, juste un petit «accident». La firme biotechnologique suisse Syngenta a reconnu cette semaine qu'elle avait, «par erreur», vendu pendant quatre ans à des agriculteurs des centaines de tonnes de grains de maïs expérimental, génétiquement modifié pour résister aux insectes, mais qui n'a pas encore reçu le feu vert des autorités américaines. C'est la revue britannique Nature qui a révélé l'affaire (1). Depuis, Syngenta s'emploie à la minimiser, appuyée par les autorités américaines. La firme précise que ces grains de BT10 ne représentent que 0,01 % du total du maïs planté entre 2001 et 2004 aux Etats-Unis, soit «un tout petit montant» (150 km2, quand même). Par ailleurs, explique-t-elle, ce maïs ne fera pas de petits : il faut racheter et replanter des grains chaque année. Les enquêteurs fédéraux, de leur côté, font savoir que le BT10 ne présente pas de risques pour la santé ou l'environnement, puisqu'il est voisin d'un autre produit de Syngenta, le BT11, dont la mise sur le marché a, elle, été approuvée. La seule différence, affirme Syngenta, c'est l'endroit où la toxine a été placée sur le génome.
Absence de contrôle. Pour les organisations militant pour une meilleure alimentation, cette affaire est une parfaite illustration de l'absence de contrôle sur la chaîne alimentaire aux Etats-Unis. «Dans ce cas-là, il n'y a heureusement pas de danger pour la santé. Mais le fait qu'un produit illégal ait pu être distribué pendant si longtemps pose un sérieux problème. La technologie des OGM a besoin d'une véritable surveillance gouvernementale, qui ne doit pas se limiter à un feu vert initial», commente Greg Jaffe, responsable des biotechnologies au Center for Science in the Public Interest. Les deux tiers du maïs américain nourrissent les animaux, mais un tiers atterrit dans les assiettes.
Communication. Syngenta, qui risque une amende de 500 000 dollars (385 000 euros), a découvert l'erreur en décembre 2004, lors de l'introduction d'un nouveau contrôle de qualité de l'ADN des produits. Elle a, jure-t-elle, aussitôt prévenu les autorités : l'Agence de l'environnement, la Food and Drug Administration, le département de l'Agriculture... Visiblement, les autorités fédérales et la firme ont pris du temps pour mettre en place une communication de crise sur l'affaire. La Maison Blanche, selon Nature, aurait même été impliquée dans ces discussions, à cause du risque de voir cette «erreur» envenimer les relations commerciales internationales. Une partie du maïs illégal a en effet été exportée, mais Syngenta ne précise pas vers quels pays.
(1) Dans notre édition du 23 mars, nous avions inversé le maïs autorisé (BT11) et celui qui ne l'est pas (BT10).
Source
http://www.liberation.fr/page.php?Article=285064

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