Le pape, «informé de la gravité de son état», a décidé de rester désormais dans ses appartements du Vatican, expliquait vendredi son porte-parole Joaquin Navarro-Valls.

Depuis des années, alors que sa santé déclinait, Jean Paul II s'est de plus en plus fréquemment penché sur les questions éthiques et morales liées à la fin de vie. Avec un message simple, direct: la dignité est inhérente à la vie jusqu'au dernier instant, jusqu'à la mort.

Il ainsi encouragé la recherche médicale pour «prolonger la vie humaine», et estimé que c'était un devoir moral pour les médecins de maintenir l'alimentation des patients, même plongés dans «un état végétatif».

Ce qui a placé le Vatican en conflit, tout récemment, avec ceux qui ont soutenu, aux États-Unis, le retrait du cathéter alimentant Terri Schiavo, cette femme de Floride dans le coma depuis 15 ans, et morte jeudi à l'issue d'une bataille juridique qui a relancé le débat sur l'euthanasie.

Mais, partisan convaincu du «droit à la vie», Jean Paul II a également jugé acceptable qu'un patient refuse toute médication provoquant l'inconscience, ou surtout des mesures médicales qui auraient pour conséquence «une prolongation précaire et pesante de la vie». Contre l'acharnement thérapeutique, donc.

Son refus de retourner à l'hôpital montre «qu'il porte sereinement la croix, prêt à renoncer, et à dire 'c'est fini', «estime l'évêque irlandais John Magi, qui fut secrétaire particulier du pape de 1978 à 1982.

Une équipe médicale -son médecin personnel, un cardiologue et deux spécialistes des soins intensifs- l'assiste au Vatican, sans que l'on sache exactement quel niveau de médicalisation a été installé autour de Jean Paul II, même si la presse italienne parle de l'équivalent d'une unité de soins intensifs. On ne savait pas non plus quelles consignes le pape avait donné en cas de perte de conscience, ou d'impossibilité à communiquer.

Mais, depuis des années, le pape utilisait la détérioration de son état de santé comme source d'inspiration pour ses fidèles. Sa décision de ne pas retourner à l'hôpital envoie ainsi, une ultime fois, un message puissant, estiment des médecins spécialisés dans la fin de vie.

«Il donne un exemple merveilleux», juge le docteur Barbara Paris, directrice du service de gériatrie du Centre médical Maimonides de New York. Et ce dans une époque et un monde occidental de surmédicalisation: «Malheureusement, beaucoup de gens meurent à l'hôpital, isolés, sans leur famille, ligotés à des machines, bien qu'ils soient en train de se détériorer et qu'il y ait des limites à ce qui peut être fait».

Pour le révérend Donald J. Harrington, de l'Université Saint-John de New York, la décision du pape est une «approche très humaine», en harmonie avec la manière dont «beaucoup de familles gèrent la mort, comme faisant partie de la vie».