La pollution automobile accroit les risques d'asthme
mardi 31 mai 2005 : Santé : #489
Les enfants exposés quotidiennement à la circulation automobile lourde risquent deux fois plus de souffrir d'asthme que ceux qui vivent loin de grandes infrastructures de transport, conclut une nouvelle étude scientifique rendue publique lundi dernier, en Californie.
Une semaine après la publication d'une étude similaire de la direction de la santé publique de Montréal, lors des audiences du BAPE sur le prolongement de l'autoroute 25, cette étude américaine s'ajoute à une longue série d'enquêtes menées depuis plusieurs années pour établir des liens entre les troubles respiratoires aigus et les émissions polluantes des automobiles.
Les résultats de l'étude menée par le Dr Rob McConnell, professeur associé de l'École de médecine Keck, de l'Université du Sud de la Californie (USC), ont été rendus publics à l'occasion d'une conférence internationale sur la santé thoracique à San Diego. Cette étude a été réalisée auprès de 5000 sujets âgés de 5 et 6 ans dans le cadre d'une vaste enquête nationale sur la santé des enfants.
Selon les conclusions de l'équipe du Dr McConnell, les enfants qui vivent à moins de 75 mètres (250 pieds) d'une route fréquentée ou d'une grande artère urbaine risquent deux fois plus de souffrir de symptômes de l'asthme que ceux qui vivent à plus de 300 mètres (1000 pieds) de la circulation automobile dense.
L'étude n'établit pas de lien de cause à effet entre les émissions polluantes des automobiles et des camions et l'apparition des symptômes de l'asthme chez les enfants, qui peuvent être provoqués par plusieurs autres facteurs comme les acariens, les poils d'animaux, les blattes ou le pollen des arbres.
Elle tend toutefois à confirmer les conclusions d'autres recherches mettant en cause l'oxyde d'azote (NOx), gaz irritant des voies respiratoires qui provient, dans des proportions variant de 60 à 70 %, des émissions des véhicules à moteur. Ces effets peuvent toucher un grand nombre de personnes, avec ou sans smog, et ce, même dans une ville comme Montréal, où la densité du trafic ne se compare en rien avec Los Angeles ou même Toronto.
Il y a une semaine, des chercheurs de la direction de santé publique (DSP) de Montréal ont aussi publié une importante étude qui arrivait à des conclusions étonnamment similaires à celle de San Diego, tout en utilisant une approche et une méthodologie complètement différentes.
En étudiant 45 000 dossiers d'hospitalisation dans la métropole, sur une année complète, les chercheurs de la DSP ont établi que les personnes âgées de 60 ans et plus qui vivent à proximité des autoroutes et des grandes artères de Montréal courent 30 % plus de risques d'être hospitalisées en raison de problèmes pulmonaires que les gens vivant dans des rues résidentielles plus calmes.
Selon le Dr Louis Drouin, de la DSP de Montréal, la publication de l'étude de San Diego ne fait que démontrer un peu plus, si besoin est, «que la pollution automobile a des impacts sur la santé publique, et que ces impacts augmentent avec la densité du trafic».
Comme le Dr McConnell, de l'École de médecine de l'USC, le Dr Drouin estime que, en raison de ce fardeau de preuve scientifique de plus en plus lourd, les pratiques d'aménagement et la gestion de la circulation établies par les villes devraient tenir compte des risques de santé environnementale posés par les émissions polluantes des véhicules.
La DSP de Montréal a pris position, la semaine dernière, contre le projet de prolongement de l'autoroute 25 et la construction d'un nouveau pont entre Montréal et Laval, en raison des risques pour la santé publique liés à l'usage de l'automobile.
En Californie, une loi interdit déjà expressément la construction d'une école à moins de 150 mètres (500 pieds) d'une grande infrastructure de transport.
Bruno Bisson
La Presse

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