Microsoft, censeur zélé de la liberté d'expression en Chine
mardi 21 juin 2005 : Informatique : #542
Soucieux de ne pas manquer le décollage de l’Internet en Chine, les géants de la net-économie américaine sont prêts à toutes les concessions. Microsoft, qui vient d’y créer une société mixte, s’illustre ainsi par un zèle particulier : la version chinoise de son outil de blog, MSN Spaces, réagit plutôt mal à certaines expressions. Les mots "démocratie", "manifestation" et "droits de l’homme", lorsqu’ils sont écrits en chinois dans l’"espace perso" de l’utilisateur, provoquent l’apparition d’un avertissement : "Ce texte contient une expression qui n’est pas autorisée, veuillez supprimer cette expression." La réactivité du cerbère électronique varie selon les combinaisons de mots et la période de la journée. Le mot youxing, "manifestation", placé dans le titre, est rédhibitoire.
Certains groupes de presse internationaux ont déjà épuré leurs publications chinoises de certains articles estimés sensibles en Chine. C’est le cas par exemple de Newsweek. Mais l’Internet reste dans les esprits un univers particulier, surtout lorsqu’il s’agit des journaux personnels en ligne. Les Chinois, qui sont 94 millions à surfer sur la Toile, sont particulièrement friands de ces espaces d’expression personnelle. Ils seraient, selon diverses estimations, de 3 à 5 millions à tenir un blog.
L’empressement de Microsoft à plaire aux censeurs pékinois n’est donc pas toujours du goût des internautes du monde entier, qui commentent l’affaire dans nombre de forums de discussion. Il blesse aussi les défenseurs de la liberté de la presse.
Ce n’est que depuis 2003 que les entreprises étrangères peuvent fonder des sociétés mixtes dans l’Internet à 50 % avec un partenaire chinois. Yahoo ! a été le premier à agir, en prenant le contrôle, via une société de Hongkong, du moteur de recherche chinois 3 721.
Microsoft s’est associé en mai à la société chinoise Shanghai Alliance Investment, dirigée par le fils de l’ancien président chinois Jiang Zemin, afin d’offrir du contenu chinois aux internautes et usagers du téléphone portable. Google a annoncé en février des accords similaires et possède des parts dans le moteur de recherche Baidu.
Quand la censure n’est pas automatique, elle est exercée par une police de l’Internet, qui est présente dans 700 villes en Chine. Elle s’efforce de s’adapter aux évolutions de la Toile : sur www.yourblog.org, une internaute chinoise qui avait donné son récit des manifestations antijaponaises à Pékin, le mois dernier, explique que certains mots ou certaines phrases ont été automatiquement effacés de la version initiale de sa page.
En mars, le gouvernement chinois a annoncé que tous les "blogueurs" et détenteurs de sites devaient être dûment enregistrés auprès du gouvernement avant le 30 juin. S’ils n’obtempèrent pas, ont-ils été avertis, leur site sera supprimé.
Brice Pedroletti, dans Le Monde

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