Pourtant, la plupart des scientifiques réfutent l'hypothèse d'une quelconque responsabilité du mercure dans la survenue d'un autisme. Une position qui ne semble pas satisfaire tout le monde. Sept ans après son éclosion, le débat rebondit, attisé par la sortie du livre 'Evidence of Harm' ('Preuve du danger').

Son auteur, David Kirby, pose deux questions fondamentales: les anciens vaccins présentaient-ils plus de risques que les nouveaux? Existe-t-il encore des risques aujourd'hui, quand on sait que le vaccin contre la grippe pour la femme enceinte et l'enfant est utilisé à plusieurs reprises sans précautions particulières vis-à-vis du mercure?

'Je pense que cette hypothèse a tenu, en dépit de l'absence d'arguments scientifiques, parce que les parents d'enfants autistes n'ont pas trouvé de réponses à leurs questions', déclare le Dr Sharon Humiston, pédiatre de l'Université de Rochester.

A l'origine, les adversaires du vaccin accusaient le vaccin contre la rougeole, qui n'a pourtant jamais contenu ce conservateur, d'être à l'origine de l'autisme. De son côté, le gouvernement accusait le vaccin contre la coqueluche, avant de renoncer.

Toutes les histoires se ressemblent: un enfant parfaitement normal reçoit une injection et, quelques semaines, voire quelques mois plus tard, se replie sur lui-même, arrête de parler, se montre indifférent aux stimulations et au bruit comme la sonnette, et adopte des comportements compulsifs, comme un hochement de tête. Les parents accusent le vaccin, 'mais ce n'est pas une preuve, quelle que soit la force de leur conviction', souligne le Dr Steve Goodman, bio-statisticien de l'Université Johns Hopkins.

Des convictions, Lisa Sykes en a. Pendant sa grossesse, cette femme pasteur a reçu une injection pour prévenir les problèmes d'incompatibilité sanguine entre elle et son bébé. Elle a appris depuis que cette injection contenait le fameux conservateur mercuriel.

En novembre 1997, le Congrès a été saisi de cette question et a fait obligation à la FDA, l'agence gouvernementale du médicament, de retirer le mercure des préparations vaccinales, des médicaments et de la nourriture.

Le gouvernement et un groupe de médecins ont déclaré qu'il n'y avait aucune preuve de cette responsabilité, mais que les fabricants devaient néanmoins retirer le mercure. Il faudra attendre 1999 pour que cette mesure soit appliquée. Depuis, les parents d'enfants autistes se sont regroupés.

En juin 2000, les pouvoirs publics, des scientifiques et des fabricants de vaccins se sont réunis pour revoir des résultats d'essais détenus par les centres de contrôle et de prévention des maladies d'Atlanta (CDC).

Le Dr Tom Verstraeten des CDC (réseau national des Centres de contrôle et de prévention des maladies) a présenté des résultats selon lesquels le mercure pourrait bien être en relation avec un retard dans l'apprentissage du langage.

De son côté, en 2001, l'Institut américain de médecine a jugé la théorie du vaccin 'biologiquement plausible' mais a ajouté que la preuve était insuffisante pour en tirer des conclusions. Impliquées dans ce combat, les Eglises se mobilisent tour à tour. Il y a deux semaines, Lisa Sykes a réussi à convaincre les églises méthodistes de Virginie et du Kansas d'exiger le retrait du mercure des préparations vaccinales et des médicaments. Sa lutte continue

27 juin 2005
Associated Press (AP)
Par Marilynn Marchione et Kristen Gelineau
http://sante.canoe.com/health_news_details.asp?news_id=487&news_channel_id=0