De nombreuses molécules résultant de tous les produits chimiques que nous utilisons se retrouvent dans les eaux usées, les rivières et les ressources qui servent à faire de l'eau potable et même dans la mer. Parmi elles, les médicaments, humains ou vétérinaires, sont présents à l'état de traces, quelques dizaines de milliardièmes de grammes (nanogrammes) par litre. Les mélanges complexes de ces éléments peuvent présenter des effets biologiques sur la faune vivant (perturbation hormonale, troubles du développement, malformations, cancers...) bien qu'ils soient encore mal caractérisés.


Pour ce qui est des médicaments utilisés par les vétérinaires, ils sont de diversité plus faible que ceux administrés aux humains. Plus proches des éléments phytosanitaires, ils sont parfois utilisés en plus grande quantité surtout dans les élevages intensifs, les ruches et les piscicultures. Il n'existe pas actuellement de liste exhaustive des médicaments incriminés, ni d'échelle de dangerosité et encore moins de consensus sur les molécules à étudier, ont fait valoir les intervenants du colloque «Effemer» à Montpellier.


Dans le cas des médicaments humains, le paracétamol (analgésique-antipyrétique) est de loin le plus consommé en France, à raison de 800 tonnes par an, mais ce n'est pas le plus nocif pour la santé humaine quand il se trouve à l'état de traces dans les effluents. Les stéroïdes ou autres éléments mimant les hormones oestrogéniques qui sont plus dangereux sont utilisés à plusieurs centaines de kilos par an. A ces substances s'ajoutent dans les eaux les hormones naturelles contenues dans l'urine. En résumé, et sous forme de boutade, la femelle du poisson ne peut plus dire à son mâle qu'elle a mal à la tête parce qu'elle absorbe de plus en plus de paracétamol. Mais le pauvre mâle ne sait plus où il en est parce qu'il ne connaît plus la nature de son sexe à cause des stéroïdes et autres molécules chimiques à effets perturbateurs endocriniens.


Parmi les médicaments, certains ne devraient pas se trouver dans l'environnement parce qu'ils pourraient être mis de côté à la source. C'est le cas des anticancéreux issus des chimiothérapies ou des produits de contraste pour l'imagerie médicale. Ces médicaments ne font pas l'objet de beaucoup de données, mais pourraient être éliminés à l'hôpital. Actuellement, il existe des recommandations pour les radioéléments dans les hôpitaux qui doivent attendre la baisse de leur radioactivité avant d'être injectés dans les effluents. Mais comment éliminer ces déchets pour les malades qui sont soignés chez eux, ce qui est de plus en plus souvent préconisé par les médecins. Sera-t-il possible d'organiser des systèmes similaires à Cyclamed, qui semble battre de l'aile ? Cyclamed évitait que les médicaments n'atterrissent dans les ordures ménagères. Il était censé récupérer les médicaments non utilisés pour les recycler.


Quant aux antibiotiques, à l'origine de l'augmentation du nombre de bactéries résistantes dans les établissements de soins, on ne connaît pas bien la proportion relâchée dans l'environnement. «Ce qui est sûr, affirme Yves Levi de la faculté de pharmacie de l'université Paris-XI, c'est que, grâce aux campagnes d'information, la quantité de prescription d'anti bi otiques en ville diminue ces dernières années.» Cela dit, Yves Levi confirme que de nombreuses études montrent la présence de bactéries résistantes dans l'eau, mais le rapport avec la présence de molécules antibiotiques n'est pas évident. Depuis les années 80, on a trouvé des bactéries résistantes partout, y compris en plein Himalaya, où les habitants ne se soignent pas aux antibiotiques.


De leur côté, les représentants des agences de sécurité sanitaire présents au colloque rassu raient : «Si une évaluation écotoxique des médicaments n'existe pas pour l'environnement, 93 fois sur 100, l'industrie pharmaceutique a effectué une évaluation du risque environnemental dans le cadre d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) avant de les commercialiser et 71 fois sur 100 il a été conclu à l'absence de ce risque.» On ne saura pas pour autant si le médicament fera du mal à la daphnie, petit crustacé d'eau douce très sensible aux toxiques. Des essais en laboratoires mettent en évidence des problèmes de développement chez les vertébrés et les invertébrés après absorption d'hormones naturelles ou artificielles. Mais beaucoup de questions demeurent sans réponse et nécessitent davantage d'études.

http://www.lefigaro.fr/sciences/20050702.FIG0180.html?201428