Zigzag sur la frontière

Mais le groupe conteste la validité de cette excommunication. « Nous avons demandé au pilote de zigzaguer sur la frontière canado-américaine, pour que le Vatican ne puisse pas identifier le diocèse responsable, explique Judy Johnson, l'Américaine qui organise l'ordination. Aussi, l'ordination de femmes ne fait pas partie des excommunications automatiques dans le droit canon. »

L'archevêque de Kingston, Anthony Meagher, a répliqué que « l'événement va profondément à l'encontre de l'esprit et de la lettre de la loi de l'Église en essayant de créer une sorte d'ambiguïté géographique ». Il a aussi affirmé qu'« il est incorrect de penser que l'ordination est la seule voie qui permet d'oeuvrer pour l'évangélisation », mais qu'il reconnaissait « la bonne foi et l'intégrité des personnes qui croient sincèrement au mérite » de l'ordination des femmes.

La cérémonie a débuté avec le mélange d'eaux provenant de cours d'eau des régions d'origine des neuf candidates, et avec des chants amérindiens. Quatre femmes ont été ordonnées prêtres, et cinq autres diacres; elles avaient toutes des aubes blanches, avec des foulards jetés sur leurs épaules en guise d'étoles.

Saveur autochtone

La cérémonie s'est déroulée dans la bonne humeur, devant une cinquantaine de parents et amis enthousiastes, dont plusieurs prêtres protestants, devant une croix de cèdre qui symbolisait la sagesse des autochtones. Dehors, des hors-bords conduits par des vacanciers doublaient de temps en temps le Thousand Islander III, le bateau de croisière où avait lieu la cérémonie. Au moment du départ, au port de plaisance de Gananoque à l'est de Kingston, les aubes blanches se mêlaient aux bikinis sur les quais.

Une seule Canadienne

Une seule des neuf candidates était canadienne: Michelle Birch-Connery, qui est devenue prêtre. Mme Birch-Connery, qui considère que l'Église catholique est « sexiste », entend célébrer sa première messe dans l'île de Vancouver en septembre en compagnie de prêtres mariés qui ont été défroqués par le Vatican, mais qui se considèrent toujours des prêtres catholiques.

Refus de l'excommunication

Ce phénomène des catholiques qui refusent leur excommunication était jusqu'à maintenant réservé aux milieux plus réactionnaires, qui refusaient les réformes du concile Vatican II, par exemple l'évêque français Marcel Lefebvre. À l'occasion de l'ordination d'une Française sur le Rhône, au début du mois de juillet, l'Église française avait déclaré que les ordinations de Mgr Lefebvre étaient « illicites mais valides », alors que les ordinations de femmes n'étaient « ni licites ni valides », parce qu'aucun évêque catholique reconnu n'a jamais été impliqué dans le processus. Mme Johnson affirme qu'il existe un document notarié prouvant qu'un évêque catholique autrichien a été impliqué en 2003, mais n'a pas voulu donner le nom de l'évêque ni fournir une copie du document.

L'évêque bavaroise, Mgr Forster, ne se fait pas beaucoup d'illusions sur la réaction du Vatican. « Je connais bien Benoît XVI, c'était un ami de la famille, a-t-elle dit en entrevue. Disons que ce n'est plus mon ami. »

Mathieu Perreault
La Presse

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