Sida... la pandémie se stabilise
mardi 30 mai 2006 : Santé : #1058
Dans son Rapport 2006 sur l'épidémie mondiale de sida, rendu public mardi, l'ONU se félicite des « progrès importants » enregistrés dans la lutte contre la maladie. Pour la première fois depuis la découverte du sida, il y a 25 ans, la pandémie s'est stabilisée, après avoir atteint un pic à la fin des années 1990.
Onusida constate que 4,1 millions de personnes ont contracté le virus au cours de l'année dernière. Dans le rapport précédent, l'organisme révélait 4,8 millions de contaminations nouvelles pour 2003.
Même en Afrique, où se trouvent les deux tiers des séropositifs de la planète, le nombre de nouvelles infections s'est stabilisé. Six pays du continent ont annoncé des baisses de 25 % ou plus du nombre de séropositifs parmi les jeunes citadins âgés de 15 à 24 ans.
L'organisme explique cette amélioration notamment par l'accès au traitement antirétroviral, qui « s'est élargi de façon spectaculaire ». Dans les pays pauvres, quelque 1,3 million de personnes en bénéficient, comparativement à 240 000 en 2001.
L'Onusida note également que le recours au préservatif est en hausse dans huit pays d'Afrique noire et que la proportion de jeunes ayant des rapports sexuels avant 15 ans est à la baisse. L'organisme souligne toutefois que la prévention reste insuffisante dans de nombreux pays.
Des constats fort différents
Si le portrait global s'est amélioré, il cache cependant des situations très diverses selon les pays. L'épidémie ne ralentit pas en Afrique du Sud, où 18,8 % des adultes vivent avec le sida, contre 6,1 % en moyenne en Afrique susbsaharienne et 1 % dans le monde. Le nombre de séropositifs est en revanche en baisse au Kenya, au Zimbabwe et dans les villes du Burkina Faso.
En Asie, les autorités constatent des baisses au Cambodge et en Thaïlande, mais les chiffres augmentent en Chine, en Indonésie et au Vietnam. En valeur absolue, l'Inde est devenue le premier pays du monde pour le nombre de séropositifs, devançant ainsi l'Afrique du Sud.
Dans les pays occidentaux, le recours généralisé aux antirétroviraux rend le nombre de décès relativement bas, mais l'épidémie tend à redémarrer chez les homosexuels. Dans les anciennes républiques soviétiques, le virus se propage rapidement, principalement chez les toxicomanes.
L'organisme fait en outre état de quelque 2,8 millions de morts pour 2005. À la fin de l'an dernier, 38,6 millions de personnes dans le monde vivaient avec le sida, dont plus de 90 % dans les pays en développement. Globalement, ces chiffres continuent d'augmenter à cause de l'accroissement de la population et de la thérapie antirétrovirale, qui permet de prolonger la vie des malades.
Quand le mariage devient un facteur de risque
Le rapport tire aussi la sonnette d'alarme sur un phénomène inquiétant: depuis cinq ans, la proportion de femmes séropositives de toutes les régions du monde, notamment sur le continent le plus touché, l'Afrique, est en hausse.
Dans certains pays d'Afrique et d'Asie, les femmes sont souvent exposées à des relations sexuelles forcées et les partenaires n'utilisent pas de méthodes de protection.
Les femmes les plus exposées sont les victimes de viol, une catégorie qui englobe les mineures mariées de force et les prostituées, note le directeur d'Onusida, le Dr Peter Piot. « L'ironie, relève-t-il, c'est que le mariage devient un facteur de risque et que la majorité des femmes, en Thaïlande, en Afrique de l'Est, sont aujourd'hui infectées par leur unique partenaire sexuel, c'est-à-dire leur mari. »
Le rapport d'Onusida servira de base aux travaux de la conférence internationale de trois jours qui se tiendra au siège de l'ONU, à New York. La réunion vise à dresser un bilan de l'action contre le sida à l'échelle planétaire.
La déclaration finale des délégués devrait, comme d'habitude, être des plus édulcorées. En effet, le simple fait de mentionner les homosexuels, les prostitués et les toxicomanes demeure un tabou dans plusieurs pays musulmans et catholiques, de même que pour l'administration Bush. Habituellement, dans le langage onusien, cela se traduit par le terme « groupes vulnérables ».
Avec un budget de 15 milliards de dollars, les États-Unis sont le pays qui combat le plus la maladie: 10 % de ce budget va à des programmes d'« abstinence et de fidélité ».
Depuis 1981, le virus a touché 65 millions de personnes. Quelque 25 millions ont succombé à la maladie.
http://radio-canada.ca/nouvelles/International/2006/05/30/005-rapport-sida.shtml
Site d'Onusida: Rapport 2006 sur l'épidémie mondiale du sida

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