La revue médicale britannique The Lancet publie mercredi les travaux du Pr Kaye Wellings, de la faculté d'hygiène et de médecines tropicales de Londres, qui a analysé avec ses collègues les données disponibles pour 59 pays.

Presque partout les gens perdent leur virginité entre 15 et 19 ans. Dans la plupart des pays africains et asiatiques, les hommes s'y mettent plus tard que les femmes. Le fossé entre les sexes se réduit dans les pays industrialisés.

En France, les garçons (17 ans et demi) sont même plus précoces que les filles (18 ans et demi). Pour leur première expérience, les Français ont le même âge que les Italiens, et un an de plus que les Britanniques (16 ans et demi pour les garçons, 17 ans et demi pour les filles).

Ces âges sont des âges médians, relevés pour les personnes nées entre 1965 et 1969. Cependant, assure l'étude du Lancet, «aucune donnée ne suggère un mouvement universel vers une initiation au sexe à un âge plus jeune».

Ce qui change en revanche, c'est l'âge du mariage: dans de nombreux pays, les couples se disent oui de plus en plus tard... et la fréquence des relations sexuelles avant le mariage augmente.

En moyenne, les hommes se marient trois à six ans après leur premier rapport sexuel, contre zéro à deux ans pour les femmes. Dans les pays industrialisés cependant, le délai entre dépucelage et mariage est le même pour les deux sexes: environ cinq ans.

Le mariage réserve des joies universelles. Quel que soit le pays, les personnes mariées sont plus nombreuses que les célibataires à déclarer avoir eu un rapport sexuel au cours du mois précédant l'enquête.

En France, parmi les 18-24 ans, c'était le cas de neuf personnes mariées sur dix, bien plus que chez les célibataires (sept sur dix pour les filles et un peu plus de cinq sur dix pour les garçons).

«La monogamie est le schéma dominant dans la plupart des régions» du monde, affirme l'étude. «La plupart des gens signalent n'avoir eu qu'un partenaire sexuel récent.» Les hommes déclarent plus de partenaires que les femmes.

Cette divergence s'explique «en partie» par cette autre différence: les premiers ont tendance à gonfler leurs chiffres et les secondes à les minimiser, observe The Lancet.

Les personnes déclarant plusieurs partenaires sexuels sont plus nombreuses dans les pays industrialisés que dans les pays en développement.

«Une idée fausse veut que les moeurs en Afrique soient plus légères qu'ailleurs, ce qui expliquerait pourquoi le SIDA s'y propage si rapidement», note le Dr Paul van Look, de l'OMS (Organisation mondiale de la santé). «Mais aucune preuve ne vient appuyer cette opinion», ajoute ce médecin qui n'est pas lié à l'étude.

«Certaines de nos idées reçues ont bien été anéanties», reconnaît le Pr Kaye Wellings. D'après elle, les résultats mettent en évidence le rôle bien plus important d'autres facteurs que le nombre de partenaires sexuels dans la propagation des MST (maladies sexuellement transmissibles, ou infections sexuellement transmissibles -IST).

L'utilisation des préservatifs dépend de l'éducation sexuelle qui est dispensée ou non, mais aussi des inégalités entre homme et femme.

Au Cameroun, au Kenya et en Haïti, les hommes ont tendance à avoir plusieurs partenaires tandis que les femmes n'en ont qu'un, ce qui a des conséquences en matière sanitaire.

«Dans les pays où les femmes sont soumises à leur partenaire masculin, elles n'auront probablement pas le pouvoir d'exiger le port du préservatif, et elles ignoreront probablement les incartades de leur mari», souligne le Pr Wellings.

http://www2.canoe.com/infos/societe/
archives/2006/10/20061031-200225.html