L'obésité pourrait être «socialement contagieuse»
jeudi 26 juillet 2007 : Santé : #1833
Presse Canadienne (PC)
26 juillet 2007
L'obésité est-elle «socialement contagieuse»? C'est ce que suggère une nouvelle étude menée par des chercheurs américains, selon laquelle les chances de grossir sont multipliées si une personne du cercle rapproché prend du poids.
Selon les conclusions de ces travaux, publiées jeudi dans le New England Journal of Medicine, les liens sociaux jouent un rôle très important -plus même que les liens génétiques. Plus surprenant encore, le phénomène serait valable même à longue distance.
«Nous avons été stupéfaits de constater que des amis séparés de plusieurs centaines de kilomètres ont un impact tout aussi important sur le statut pondéral d'une personne que des amis qui habitent juste à côté», déclare un des auteurs, James Fowler de l'Université de Californie à San Diego.D'après leurs travaux, la probabilité d'un gain de poids augmente de 57% si un ami grossit, 40% si c'est un frère ou une soeur, et 37% pour un époux. Dans les amitiés les plus proches, le risque est presque multiplié par trois. Ces résultats sont surtout constatés dans le cas de relations sociales entre personnes du même sexe.
Les calculs des chercheurs montrent qu'en moyenne, lorsqu'une personne obèse prenait 7,7kg, son ami en gagnait 2,3.
Selon les auteurs de l'étude, les résultats ne s'expliquent pas seulement par la proximité des personnes et la similitude de leurs habitudes alimentaires et physiques. Un autre facteur pourrait être une acceptation accrue de la surcharge pondérale en fonction du poids d'un proche.
Mais trier ses amis sur le volet n'est pas la solution, avertissent les chercheurs... «Des tonnes de recherches suggèrent qu'avoir plus d'amis vous rend plus sain», rappelle M. Fowler. «Donc la dernière chose à faire est de se débarrasser de ses amis!»
L'étude se base sur 12 067 personnes de Framingham, une banlieue de Boston, qui depuis 32 ans fournissent des informations sur leurs relations sociales à chaque fois qu'elles sont examinées dans le cadre d'un projet sur la santé cardiaque lancé il y a plus de 50 ans.
Les plus grands effets ont été constatés entre amis, et non entre personnes partageant les mêmes gènes ou le même toit.
Le statisticien Stan Wasserman de l'Université de l'Indiana a estimé que l'étude était intéressante, mais limitée en raison de l'exclusion des relations sociales à l'extérieur du groupe de Framingham.
Selon le directeur des recherches, le Dr Nicholas Christakis, sociologue de l'Université de Harvard, cette étude peut cependant fournir de nouvelles pistes dans la lutte contre l'obésité, qui se concentre en priorité sur les gènes déterminant l'appétit et l'aptitude à brûler les calories.
Selon le Dr Christakis, il pourrait être utile de traiter les personnes obèses en groupe plutôt qu'individuellement. «Parce que les gens sont interconnectés, leur santé est interconnectée», avance-t-il.
La surcharge pondérale concerne environ 1,5 milliard d'adultes au niveau mondial, dont 400.000 sont obèses. Aux États-Unis, deux tiers de la population adulte est touchée.
Sur Internet:
New England Journal: www.nejm.org
Framingham Heart Study: www.framinghamheartstudy.org
Université de Harvard: www.harvard.edu
Université de Californie à San Diego: www.ucsd.edu

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