Mais les scientifiques anglais ne se sont pas arrêtés là puisqu'ils ont réussi à mettre la main sur des études non divulguées jusque-là par les laboratoires fabriquant ces médicaments. Résultat, après l'analyse de toutes ces données : sur les personnes légèrement dépressives, les effets de ces antidépresseurs sont similaires à ceux de molécules placebo remplies de sucre.

Les « pilules du bonheur » sont significativement plus efficaces que les gélules sucrées uniquement lorsqu'elles sont administrées à des dépressifs sévères, selon l'échelle utilisée habituellement par les psychiatres pour établir leur diagnostic.

« Les résultats de cette étude ne sont pas si éloignés de ce que recommande en France la Haute Autorité de santé, décrypte le professeur Maurice Ferreri, chef du service de psychiatrie de l'hôpital Saint-Antoine à Paris. Les médicaments ne doivent être administrés que lorsqu'il y a une dépression caractérisée. » Lorsque celle-ci est légère, on doit privilégier la psychothérapie, selon le spécialiste. Lorsqu'elle est sévère - amaigrissement, incapacité à sortir de chez soi, idées suicidaires, etc. - ou qu'il y a hospitalisation, on ne peut pas se passer de médicaments associés à une thérapie.

« Trop d'antidépresseurs sont donnés sans raison »

« Mais dans la pratique, poursuit le psychiatre, ce n'est pas toujours ainsi que cela se passe. Trop d'antidépresseurs sont donnés sans raison à des non dépressifs. Et trop de dépressifs sévères n'ont pas de traitements. » Même son de cloche du côté de David Servan-Schreiber, auteur de « Guérir » (Robert Laffont). « Il a été démontré que pour les dépressions légères, faire une demi-heure de jogging trois fois par semaine durant quatre mois était aussi efficace que les médicaments, affirme le psychiatre. De même la luminothérapie a fait ses preuves. En revanche, pour les dépressifs sévères, les antidépresseurs sont évidemment indispensables. » Les deux psychiatres conseillent aux patients troublés par l'étude de « Plos » de ne surtout pas arrêter leur traitement sans avis médical. « Ce sont des médicaments qui peuvent créer un manque, avertit David Servan-Schreiber. Il ne faut pas les stopper tout seul. »

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