Au-delà d’un certain seuil, le perfectionnisme peut devenir malsain, selon le professeur Frédéric Langlois, qui enseigne la psychologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il empoisonne l’existence. Le perfectionniste mésadapté perd tout plaisir à ses activités et à ses réalisations parce qu’elles ne correspondent pas à ses standards trop élevés de qualité.

La moindre imperfection signifie, pour lui, l’échec total. Cette chasse à la perfection, dans les menus détails, en arrive même à lui faire perdre de vue l’objectif global de ses projets. Ce perfectionniste négatif relève sans cesse ses standards qui deviennent inatteignables, décrit le psychologue. Insatisfait, déçu, il a tendance à hausser encore ses objectifs… et embarque dans un cercle vicieux.

Le professeur Langlois s’intéresse depuis plus de 10 ans au thème du perfectionnisme. Il a commencé à amasser des données, lors d’un stage d’études avec une collègue, Josée Rhéaume, aujourd’hui psychologue à l’Hôtel-Dieu de Lévis; ces données cliniques leur ont permis de mettre au point un outil servant à distinguer le perfectionnisme sain du perfectionnisme mésadapté.

Le perfectionnisme n’est pas un problème en soi, établit le psychologue. La personne qui se fixe des objectifs élevés, mais qui demeure capable de souplesse, pour les ajuster en fonction du contexte, est une perfectionniste fonctionnelle. Cette vision positive est assez récente, dit-il, car ce trait de caractère était perçu négativement auparavant.

Le perfectionnisme tombe dans la psychopathologie lorsque l’intensité est telle que le score grimpe haut dans l’échelle d’évaluation mise au point par les deux chercheurs. C’est là que se situe leur contribution à la science. Ils ont perfectionné des instruments de mesure existants et produit leur propre questionnaire, pour la partie dysfonctionnelle, à l’aide de plus d’une centaine de cas cliniques et d’enquêtes auprès de centaines d’étudiants.

Ce récent questionnaire fait partie des différents tests de dépistage du perfectionnisme auxquels ont recours les cliniciens.

Marie Caouette
Le Soleil, Québec