Les casinos... là ou les rêves se brisent... |
Une ex croupière brise l’omerta et dénonce les astuces des casinos pour déplumer les clients... |
MES DÉBUTS, MES ILLUSIONS Chaque croupier qui commence apporte avec lui une énergie nouvelle et rafraîchissante pour le casino. En ce qui me concerne, on me complimentait sur ma bonne humeur, mon entrain, ma personnalité et me comparait aux croupiers d’expérience aigris… Je me pensais excellente et je me disais que pour moi, tout irait bien. Je rentrais à la maison, & fière de mon rendement et de mon gros chèque de paye. Je croyais gravir les échelons jusqu’au sommet grâce à la qualité de mon animation et à ma maîtrise des différentes techniques de manipulation de cartes. J’encourageais les joueurs, les supportais et les écoutais attentivement en toute bonne foi. J’étais devenue une «jésucologue » pour mes clients. Je ne réalisais pas tout l’impact négatif de leur dépendance sur leur vie et eux, ne me la démontraient pas. Si l’on est «productif», on nous promet des promotions et des augmentations de salaire très rapide. Les patrons font du renforcement positif intensif pour t’inciter à te dépasser et ça fonctionne. Ça paraissait motivant comme défi. Je me disais qu’en donnant le meilleur de moi-même j’y arriverais. Mais je ne me doutais pas du prix à payer!!! 1 AN APRÈS… Ce n’est qu’après un certain temps qu’on réussit à prendre du recul, qu’on voit tout à coup dans quoi on vient de s’embarquer. Il faut malheureusement l’avoir vécu pour comprendre les rouages insidieux du système et leur conception du service à la clientèle hors pair. Je me suis rappelé alors les premières semaines de formation intensive où l’on m’a d’ailleurs, durant cette période, fortement suggéré de ne pas voir ni ma famille ni mon amoureux. Question de bien me concentrer sur ce que j’apprenais. On nous façonne, nous endoctrine, nous manipule. On nous fait croire que nous sommes la crème de la société. Une fois la formation réussie, on en ajoutera de nouvelles. Gestion de conflits, code vestimentaire, etc. On nous apprend tout sauf le fait que nous allons rencontrer la misère du monde, la maladie et le vice. PROCÉDÉS FRAUDULEUX «On nous façonne, nous endoctrine, nous manipule» Puis il y a l’animation, «l’entertainment». Là aussi, il faut s’ajuster et évaluer le profil psychologique du client. Est-il là pour se valoriser? Est-il là pour passer le temps? Est-il là pour se défouler? Est-il là pour se refaire? Le client ne doit pas se sentir jugé, ni contrarié. Au contraire, il doit se sentir à son aise et en contrôle de la situation. Tout ce qui lui plaira afin de favoriser… sa perte. En fonction du tempérament du joueur, le croupier pourra gérer son attitude pour devenir complémentaire. Le jeu est simple. S’il a besoin d’impressionner, vous serez impressionnable. S’il a besoin d’être méchant, vous serez vulnérable. S’il a besoin de jaser, vous serez totalement à l’écoute. Oui, ça se complique quand il y a plusieurs joueurs, mais un bon croupier saura plaire à tous. Même si le client vous déverse son venin, vous ne pouvez pas lui dire d’aller se faire voir. Il faut être compatissant même s’il vous considère responsable de ses pertes. Je retournais chez moi complètement épuisée. Les casinos, eux, sont infatigables et insatiables. La façon de distribuer l’argent est aussi un facteur important. Si le joueur joue moins fort, nous lui donnerons les plus petites coupures possibles. Lorsqu’il est dans une phase de panique et qu’il veut récupérer ses dettes, nous lui donnerons de gros jetons. On doit voir venir ses besoins sans qu’il ait à les exprimer. Il doit avoir l’impression qu’il gère lui-même ses jetons. Le procédé est simple. À partir du montant investi, le croupier apprend vite à calculer les gains ou les pertes du joueur. D’un seul coup d’œil sur les jetons qu’il a en main, nous savons où il en est. Les patrons ne se gênent pas pour nous donner leurs impressions: «Tu as beaucoup payé dans la dernière heure, ralentis… Ce monsieur semble t’apprécier… Tu n’as pas fait gagner beaucoup à la maison aujourd’hui», etc. On est surveillé de partout. On m’attribuait des «soleils» lorsqu’on remarquait que j’avais «pris soin» du bon client. L’employé qui avait le plus de «soleils» était éligible à un prix. Il y a aussi les statistiques sur le temps que tu mets à brasser les cartes, à payer et ramasser les mises. On examine la façon dont tu fais les choses. Puis comme dans toute entreprise, il y a les évaluations. On prend des notes sur toi jour et nuit. On évalue ton rendement à tous les niveaux. Je n’avais pas le droit de porter un parfum qui valait trop cher ou des bijoux d’une certaine valeur, il ne fallait surtout pas susciter la jalousie ou laisser croire que je gagnais beaucoup d’argent. L’objectif: le maximum de confort pour un maximum d’illusions. Tout ce beau «service à la clientèle» brillamment ficelé est conçu dans un but bien précis. AU SERVICE DU CITOYEN L’environnement immédiat du joueur est contrôlé de manière à lui faire oublier le temps qui passe, ça vous surprend ? Il n’y a pas d’horloge dans le casino. Un peu avant que le soleil se couche, les superviseurs s’affairent à fermer les volets et les rideaux. On ne fera plus la différence entre le jour et le soir. L’ergonomie des sièges permet aux clients de rester assis des heures sans ressentir le besoin de se lever. L’éclairage ne fatigue pas les yeux, évidemment. Le son des machines envoûte, ensorcelle. Tout est calculé. Même les odeurs sont choisies parce que leurs composantes stimulent le cerveau et suscitent une sensation de bien-être et d’excitation ! Vous ne sentirez pas aisément la fatigue. On vous apportera tout ce qu’il vous faut et surveillera votre place si vous devez vous absenter. «J’ai vu des gens déféquer sur leur chaise. J’ai vu des femmes enceintes jouer pendant 24 heures sans arrêter. J’ai vu des hommes mourir d’infarctus» Finalement, lorsque vous déciderez de sortir du casino, il faudra traverser un parcours où se dresse une foule de tentations pour freiner vos ardeurs. On vous offre des cadeaux, des gratuités et des rabais si vous êtes membre du casino. Plus vous dépensez et jouez longtemps, plus le casino vous offrira de payer votre chambre d’hôtel, vos repas, vos cigarettes et vos consommations au bar. En tout, 19,6 millions sont distribués sous forme de ristournes promotionnelles chaque année. J’ai vu des gens jouer 100 $ de plus pour avoir droit à un paquet de cigarettes gratuit ! LA RÉALITÉ DU CROUPIER Depuis l’enfance, on nous enseigne que l’on a, en tant que citoyen, une responsabilité civile envers son prochain. On se doit de porter secours à une personne en détresse. Le barman doit arrêter de servir un client trop soûl. Si le barman ne le fait pas, il peut être poursuivi pour négligence criminelle. Mais ici, on nous oblige donc à renier cette obligation civile. Au contraire, on doit tout faire ce qui est en notre pouvoir pour divertir, motiver et dépouiller le joueur. On assiste, impuissant, à la déchéance d’autrui sans rien faire pour l’aider. C’est dur sur la conscience, très malsain et déshumanisant comme milieu de tra-vail. On nous transforme en pures machines à laver, nous, les employés du gouvernement. Le problème c’est que les croupiers ne sont pas des machines! RIEN NE VA PLUS De la 3e à la 4e année, je commençais à m’essouffler, j’étais devenue un monstre de méchanceté et de rage. Je détestais les clients, mais surtout la job sale que je faisais. Je rentrais chez moi épuisée mentalement. Je pleurais presque tous les jours. Je m’interrogeais sur le rôle que je jouais dans la déchéance de tant de personnes. Est-ce que je suis en partie responsable ou complice de leur perte? Est-ce qu’ils méritent vraiment leur sort? Je m’en voulais d’être devenue une hypocrite. Je n’avais ni plaisir ni entrain, mes journées se résumaient à entretenir le vice, laver de pauvres gens et détruire ma personnalité de petite fille joyeuse. Et puis on comprend: Les dirigeants de la Société des casinos travaillent beaucoup trop fort pour ruiner le monde sans être blâmés. Alors j’ai craqué, j’ai envoyé promener tout le monde: les boss et les joueurs. Je ne me censurais plus. À chaque injustice, je m’exprimais. Je ne laissais plus personne m’insulter et je n’encourageais plus les joueurs à miser. En peu de temps… on m’a mise dehors. «Vous ne répondez plus aux attentes du casino», m’ont-ils dit. C’est la raison qu’ils ont donnée et ils avaient, pour une fois, bien raison! DÉTRESSE PSYCHOLOGIQUE Aucun ancien croupier n’a accepté de valider mes dires, craignant les représailles et ceux qui sont toujours à l’emploi ont signé, dès leur embauche, une interdiction de parler aux médias. De mes amis les croupiers, il y a eu des dépressions majeures. Certains ont dû se faire interner pour une bonne période. Des dizaines sont sous médication. Une grande partie de ceux-ci ont développé le jeu pathologique. Plusieurs ont sombré dans l’alcoolisme ou la cocaïne. D’autres, comme mécanisme de défense, ont développé des troubles obsessionnels compulsifs. La plupart ne travaillent plus pour le casino. La plupart ont perdu beaucoup de plumes. Confrontés majoritairement au noyau dur des joueurs compulsifs, rares sont les croupiers qui font exception. Au bout d’un certain temps, on se brise. On craque parce que 20$ de l’heure ne suffit plus à nous transformer en voleur, en escroc. On n’en peut plus de supporter les douleurs et la maladie des joueurs. On n’en peut plus de mentir, de se sentir hypocrite et manipulateur. Qu’y a-t-il de valorisant à mener les gens à leur perte? Qu’y a-t-il de plus vicieux que de profiter de la vulnérabilité des gens en misant sur leur faiblesse? Le gouvernement québécois a trouvé un filon pour renflouer ses caisses, comme la mafia l’a fait il n’y a pas si longtemps. La différence c’est que l’État a des responsabilités morales envers le citoyen. Loto-Québec réussit à accumuler des sommes colossales parce qu’il est géré comme une entreprise privée. Les croupiers sont envoyés en première ligne pour exécuter le contrat qu’a confié le gouvernement à sa société d’État: FAIRE UN MAXIMUM D’ARGENT SUR LE DOS DU CITOYEN. Tous les coups sont permis pour faire du profit à tout prix. Les jeux sont faits, rien ne va plus… Doit-on en tant que société endosser le «racket» légalisé de notre gouvernement? Sommes-nous prêts à sacrifier certains de nos compatriotes à la gloire du profit? La détresse psychologique est en hausse, les profits de Loto-Québec aussi, que choisissez-vous? Éléonore Mainguy –Cet article a été publié originellement dans la revue SUMMUM. Sa transcription a été gracieusement autorisée par l’auteure, madame Éléonore Mainguy et par l’éditeur de la revue M. Jean-François Bougie. Tout droits réservés © Copyright SUMMUM 2005 - Aucune reproduction (partielle ou totale) n'est autorisée sans le consentement de l'auteur et de l'éditeur de cet article| NOTE: Comme il fallait s'y attendre Loto-Québec et le syndicat des croupiers rejettent le contenu du témoignage de madame Éléonore Mainguy... Par contre, ce que dénonce cet ex croupière sont des faits vrai et vérifiable qui peuvent être corroboré par n'importe quel croupier et expert indépendant. À lire:
Le rapport scientifique de l'expert (Jean Leblond, Ph.D. psychologie) engagé par le recours collectif "Évaluation de la dangerosité des ALV" celui-ci démontre de façon sans équivoque que les machines à sous et les appareils de loteries-vidéo on été concus et paramétrés pour développer une forte dépendance envers eux. »» sous la section "Recours collectif" du site http://www.jeu-compulsif.info/ À regarder: Le site portail du jeu pathologique: JEU COMPULSIF INFO |